POÈME de Bluette Staeger
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Poèmes                            


Pan !
Le soleil se couche à l’horizon,
Sous un ciel orangé qui s’égare.
Le sable se soulève, le vent siffle.
Des larmes glissent à foison,
Sur la magnificence illusoire,
Tuant les rêves d’un coup de rifle.


© Bluette 2011





Divine créature !

 

Lève le voile ma sœur !

Il n’y a pas de courage sans peur

L’homme ne peut plus être un oppresseur.

Tu es une divine créature

Alors ne t’offre pas en pâture !

Le nombril à l’air ou sous une sordide armure.

Interdire les choix personnels ou les minarets

Cela n’a rien de démocratique,

Mais rien ne peut t’obliger, aucun décret,

A te montrer comme dogmatique.

 

Femme papesse, fais de ta liberté

De ta douceur de ta fragilité,

Un phare pour celles qui désirent s’émanciper !

Le paradis de la terre

N’est-il pas en ton sein, salutaire ?

Car, dame, c’est vers toi que l’on se désaltère.

Même si pour ton intégrité il faut te battre,

Toujours, tu es malmenée, abaissée

Par des poltrons qui te font vivre le barathre

Que tu sois mégère ou bonne fée.

 

Nue ou sous la burka

Les manipulateurs se servent de toi

N’acceptons pas que l’on t’exhibe comme ça !

Réveille-toi ma sœur !

N’écoute pas la lâcheté des censeurs

L’impunité n’est plus pour les pervertisseurs.

Aujourd’hui sonne le glas pour les tortionnaires,

Avides de bénéfices ­– les esclavagistes 

Garde l’esprit critique face aux doctrinaires

Aux belliqueux et aux intégristes !

 

Lève le voile ma sœur 

La soumission est une aigreur

Un cancer qui paralyse et étouffe ton cœur !

Tu es une divine créature

Offre-toi un bateau et une voilure

Et écoute le vent et ses agréables augures !

 © Bluette 2011



Une réflexion sur l’appartenance

 

 

Faire partie d’une famille, d’une bande ou d’un village

Nous aide à germer en toute sécurité sans vagabondage,

Mais quand nos jambes sont suffisamment grandes

Et qu’elles se sentent attirées vers les champs de lavande

L’appartenance nous culpabilise et nous prend en otage

Si l’on ne peut pas se détacher et grandir davantage.

 

Nos racines ne sont pas accrochées seules à un quartier,

Car il y a ce qui nous habite, ce qui nous est réservé,

Un mélange de nos ancêtres, et de nos apprentissages,

Et le fait de marcher dessus ou dessous les nuages.

C’est un travail de toute une vie, connaître son identité,

Parce qu’il faut en tout premier trouver la liberté.

 

©Bluette 2011


Agonie N

  

C’est de la tristesse et de l’indignation

Que m’inspirent ces absurdes manipulations,

Ce gaspillage, cette odieuse autodestruction,

Cette politique mièvre et si grossière,

Ces discours angéliques et si peu sincères,

Cette habitude stratégique de tout taire

 

De cette pollution effrayante et latente,

Amenant une agonie planétaire imminente,

De particules invisibles et angoissantes.

Du Nucléaire rose enrobé de mensonge,

Et de ces négligences qui se prolongent,

De tous ces méfaits, la colère me ronge.

 

Les beaux discours des intérêts industriels,

Qui envoient des nuages noirs pestilentiels,

Nous confortent dans une cécité matérielle.

 

Je suis d’accord de m’éclairer à la bougie

Pour que la terre reste pour nous un logis

Accueillant, verdoyant, sans hémorragie.

 

© Bluette 2011



Tant de sueur

 

Lorsque je traverse ton paysage

D’une beauté ocre et sauvage

En plein cœur de l’hivernage

Je t’observe battre ton champ

T’obstiner, te pencher en avant

La daba au poing la journée durant.

 

Tant de sueur

Qui te permettra, ma sœur

Et pas toujours

De manger une seule fois par jour.

 

Sous le baobab ou l’arbre à palabre

Quand enfin le soleil lourd se cabre

Rendant  l’horizon et le ciel cinabre

S’éveille mon esprit loquace et critique

Cherchant désespéré un viatique

A ta réalité si dure et despotique.

 

Tant de sueur

Qui te permettra, ma sœur

Et pas toujours

De manger une seule fois par jour

 

Personne ne veut que tu t’émancipes.

Parfois on t’envoie quelques fripes

Juste pour prouver certains principes

Et dire que l’on n’est pas si mauvais.

Mais pour le destin de tes enfants si fluet

La justice des hommes ne fera aucun procès.

 

Tant de sueur

Qui te permettra, ma sœur

Et pas toujours

De manger une seule fois par jour.

 

©Bluette 2010


Un bol d’air contracte ma plèvre *
Et pose, innocemment, sur mes lèvres
Une mélodie qui languit dans ma tête ;
Des croches dodelinant une clochette.

Des mots impossibles à rattraper au vol
Trop longtemps retenus dans ma fiole.
Les vocables, les sons sortent en kyrielle,
S’envolent libres valsant dans le ciel.

Je souffle dans le vent en mille échos
La tyrannie mourante sans quiproquo.

Je souffle mes rêves purs d’intégrité,
Une mélopée d’amour et de fraternité.

Je souffle fort sur la voie de ton cœur
Un sirocco amenant sourire et couleurs.

 © Bluette 2010


La Terre se meurt

Oh sainte Terre, Terre mère

Frappée et vendue aux enchères !

On a détruit d’un coup de cimeterre*

Les vieux arbres dans le cimetière.

On a asséché définitivement les rivières

Pour mettre la lumière dans les ministères.

On a écrasé d’énormes fourmilières

Parce qu’elles cachaient les frontières.


Oh sainte Terre, Terre nourricière

Mise à mort en un atroce calvaire !


Pour d’absurdes transactions financières

On a massacré une partie de nos frères.

Et puis à l’aide de bombes nucléaires

On a pollué et transformé l’atmosphère.

Parce que certains se sont relevés réfractaires,

On a étalé en plein soleil leurs viscères.


Oh sainte Terre, Terre sincère

Spoliée par d’arrogants propriétaires


Il y a eu des sages et des phalanstères *

Des pacifistes, et des belles sorcières,

Mais l’intolérance les a fait taire.

Les dictatures, mises en place en un éclair,

Installèrent l’angoisse et la misère,

Et purent te piller à la petite cuillère.


Oh sainte Terre, Terre mère

Censurée de multiples barrières


Un jour du haut d’un belvédère

Un vieux médecin et un apothicaire

T’ont diagnostiqué un cancer.

Pourtant, aux alentours des chaumières,

Poussaient des milliers de primevères

Et au loin dans la forêt les fougères.


Oh sainte Terre, Terre mère,

Terre généreuse et si hospitalière.


Les secrets de nos grand-mères,

Qui aimaient naturellement la biosphère,

Ont disparu, une nuit patibulaire.

Les larmes coulent sous les paupières,

Il n’y aura plus de soirée printanière ;

Il n’y aura plus d’oiseaux et de clairière.


Oh sainte Terre, Terre mère

Il existait bien un paradis naguère


©Bluette 2010


Les Scapins et leur fourberie

Se gonflant sous la flagornerie

Fuyant le danger, si poltron

Les menteurs, ils sont.

 

Pensant faire des économies

Dans une source putride et tarie

Au devant d’inutiles affronts

Les naïfs, ils vont.

Bluette © 09


Il est un pays

Il est un joli pays,
Vraiment joli,
Ses habitants sont pauvres,
Tellement pauvres,
La gentillesse est un atout,
Car présente partout,
Son président ne fait rien,
Tellement rien,
Que le peuple meurt de faim.

L’harmattan souffle la poussière
Sur les villages les plus reculés de la terre.
Le soleil et le vent brûlent en avril
Et les puits deviennent inutiles.
Les récoltes ont été abondantes
Alors la fête est gaie et exubérante.
Les masques sortent une fois dans l’année,
Phosphorescents dans la nuit tombée.

Il est un joli pays,
Vraiment joli….

Les villes souffrent de pollution
On se meurt au milieu de la circulation,
Les voitures, les deux-roues
Et les animaux vont comme des fous.
Si tu as besoin de l’administration
N’y compte pas tu te retrouveras marron
Tapis rouge et grandes courbettes
Seront nécessaires pour éviter la défaite.

Il est un joli pays,
Vraiment joli…

Les nominations au poste d’importance
Font fi de toutes les compétences
Aux profits de la couleur d’une ethnie
A qui les règles ne sont pas définies.
Le peuple est noyé dans un protocole
Où grincent et résonnent les bémols
Car vénérer la voracité de certain
Ne mange pas de foin… ni du pain.

Il est un joli pays,
Vraiment joli...

- Eh ! la toubabou, la Madame tranquille
Pst ! Pst ! pour t’aider je suis utile.
- Je peux te guider ou tu veux, pour rien,
Seulement parce que tu  as l’air bien.
- J’ai des colliers en dents de chameaux.
Et regarde mes pagnes, de vrais joyaux. !
- Je solde, t’es sympa dis-moi combien !
- Eh! rajoute un peu et tape ma main.
 
Il est un joli pays,
Vraiment joli,
Ses habitants sont pauvres,
Tellement pauvres,
La gentillesse est un atout,
Car présente partout,
Son président ne fait rien,
Tellement rien,
Que le peuple meurt de faim.

© Bluette Staeger 09






Une Fée

Les rites chrétiens
Se profilent déjà à l’horizon
Et discrète l’air de rien,
Motivée d’un désir fort
Apparaît une fée.
Ainsi au alentour de ma maison
Tombe la bise glacée
Et se pointe une belle aurore.

Elle soulève de ses ailes
Les rires des prolétaires
Offre un prix Nobel,
Comme un temps bienvenu
Et, partage un cadeau,
Un gigantesque désert,
Avec les moricauds
Les miséreux et les exclus.

Que du long de cet hiver
Se termine l’arrogance !
Que le tonnerre,
La pluie, le froid et la neige
Prennent de belles couleurs,
Un air de Byzance !
Et que les douleurs
Et les inégalités s’allègent !

Qu’un souffle bienveillant
Sur ce coin de terre
Se lève gai et caressant
Tel un baiser maternel !
Qu’un vent de tendresse,
Un voyage outremer,
Se propage en délicatesse
Dans cette citadelle !

Elle, qui offre des fêtes
Scintillantes dans le ciel,
D’onéreuses toilettes
En vantant ses institutions,
Montre ses hôtels luxueux,
Ses atouts artificiels
Aux visiteurs prestigieux
Débordant de pognon.

Elle peut brandir
Un coup de baguette magique
Ainsi faire grandir
Son élégance et sa notoriété
En faisant la lumière
Dans les sous-sols publics
Et sortir de la galère
Ceux que la vie a trop molesté.
© Bluette  08




Il y a

Il y a les gazettes / qui racontent des insanités avec ampleur,
En jouant de la clarinette / font du racismes sur les fainéants tous couleurs.

Il y en a à l’aveuglette / qui se mobilisent pour l’exclusion,
Sortant des pincettes / au lieu de justice, d’amour et de considération.

Souvent sans trompette / une cruelle vérité faite d’intolérance
Met sur la sellette / Les personnes déjà fragilisées, en défaillances.

Parce qu’il y a de doux poètes / à califourchon filant sur les étoiles,
Planant en dessus de la planète / Qui réfutent pourtant à lever les voiles.

Parce qu’il y a des vilaines têtes / qui se sont égarées en chemin,
Qui comme des bêtes / mal aimées et enragées n’ont plus peur de rien.

Parce qu’il y a des marionnettes / réfugiées politico-économiques,
Qui péniblement végètent / en fin de droit, subodorant un avenir tragique.

Parce qu’il y a des silhouettes / méfiantes, effrayées par leur destin,
Qui se contentent des miettes / elles qui mériteraient justement un festin.

Parce qu’il y a des athlètes / qui dans le stress pètent les plombs,
Tombent de bicyclette /  et se retrouvent dans un fond tellement profond.

Ainsi tirant la chevillette / Les désespérés coulent et font naufrage
Car les bobinettes / Ne débouchent pas forcément sur le bon passage.

Relevons les voilettes / et parlons des oubliés, laissés pour compte,
Genève reste muette / et les cachent, alors pointons du doigt cette honte.

Ecoutez cette bluette / Ecoutez ce qui fait mal, ce qui est immoral,
Et criez fort le fait / que manger, dormir et se laver est fondamental.

Alors sans courbette / réclamons, à qui de droit, plus de subventions
Pour ceux dans la disette / partageons les dividendes, se comptant par millions.



© Bluette Staeger 08





Danger !!!

Enfermé dans le velours cossu d’un nid,
Où à ses contours s’arrête notre esprit,
Dans un univers aseptisé, la bedaine repue
Ainsi baignent tenaces nos idées préconçues.

Mais… nous pourrions changer,
Oh la là, attention, danger.

Nous exigeons que l’état veille à notre sécurité
Contre tous ce qui pourrait nous être étranger
Ne remettant jamais nos habitudes en question
En toute bonne foi, nous pensons avoir raison.

Mais…nous pourrions nous tromper,
Oh la là, attention, danger.

Les richissimes ne veulent plus payer d’impôts
Exploitant, polluant en comptant leur magot.
Nous, nous voulons du fric et le pouvoir d’achat
Sans partager un seul iota avec qui que soit.

Mais… que diable un peu de solidarité,
Oh la là, attention, danger.

Les écrans ouverts ferment la porte de nos maisons.
En nous donnant à un pouvoir invisible et fripon,
Nous buvons avidement toutes sortes de sornettes,
Les répétant, telles quel, autour de la planète.

Mais… nous pourrions nous libérer
Oh la là, attention, danger.

Nous sommes, c’est bien connu, les plus civilisés
Aux goûts culturels et culinaires des plus raffinés.
Nous désirons à tout prix rejeter les vieux rites
Au profit d’une réflexion vénérant les satellites.

Et… si nous apprenions l’humilité,
Non, non, attention danger.

© Bluette Staeger 08

La violence et après,

L’amour à notre insu s’effeuille comme à l’automne
Malgré l’exaltation des relents de son arôme.
L’orage s’approche de plus en plus menaçant et résonne,
Bien que la naïveté se protège au maximum.
L’illusion se déchire en douceur et la félicité frissonne,
La colère retenue jusqu’ici devient le summum.

Arrivent des mots qui choquent et se veulent méchants,
Le sourire se crispe, même s’il se veut gentil
La quiétude illusoire est perturbée même si on fait semblant
Le regard se vide et petit à petit le cœur gémit,
En s’accrochant aux rêves, après tous les avertissements,
Souvent les coups pleuvent et laissent groggy.

Nous mettons du temps à comprendre, l’incompréhensible
Ainsi les feuilles mortes s’amoncellent sur le sol,
D’accepter l’inacceptable, l’amour par la force est nuisible
Et l’âme douloureusement se vide et s’envole,
L’arbre et l’esprit dénudés sont d’une tristesse indescriptible.
Comment respirer sans s’étouffer après un viol ?

Une reconstruction demande beaucoup de temps et d’énergie,
Bien des saisons vont se succéder sans réconfort,
Les outrages ne s’effacent malheureusement pas sans agonie,
Toutefois le passé est expérience, et la vie un trésor,
Et, pardonner à l’agresseur et se pardonner est un acte de survie,
C’est se donner la possibilité de renaître tel l’aurore.


© Bluette octobre 07



Violence

Tout commence
Par une différence,
Le bleu musclé qui se gausse
Des épines de la rose.

Un ardent garçon
Désirant des bonbons,
Une fille alléchante
Une sensuelle plante,
Qu’on arrose
A petite dose
De soumission
Et de perfection.   

L’éducation
Les punitions,
Rejetant le mythe
De la belle Lilith,
En ont extrait
Une femme-objet.

Au nom de l’amour
Le troubadour
Gonflé de Désir
Et plein de soupir
Conte fleurette
A la douce minette
Qui projette ses rêves
Utopique d’Eve.

Contre gros câlin,
Rudesse au masculin
Un rôle pas facile,
Contraint semble-t-il !
Par des images
L’ayant pris en otage.

Couple heureux,
Le rose et le bleu
Cela se pourrait, dit-on !
Sans la perversion,
Sans gros mots,
Sans gestes sots.

© Bluette Staeger 06

Un défaut qui m’assaille
   
Ton ami
Je l’ai sali
Je m’en excuse,
Il n y avait aucune ruse
Car la compassion m’habite
Mais parfois j’ai mauvaise conduite.
 
Il y a eu,
Pied fourchu,
Une vile résistance
Car par inadvertance
Mon orgueil justifiant bien,
Pourquoi ton ami n’était pas le mien.

Primaire
Acte pervers,
Je dirais funèbre
Car la force des ténèbres
Cache à mon âme la lumière,
Et hélas à l’humilité met une muselière.

Alors toi,
À chaque fois,
Que, tu verras la cruauté
Et la haine me défigurer,
Rappelle- moi vite et sans détour
Que le fondement de la création est l’amour.

@ Bluette Staeger 06

Père-Noël,

Allons au coin du feu, dépose ta hotte et ces jouets par milliers !
Éteins ces lumières festives qui consomment tant d’électricité !
Laisse brouter tes rennes et en toute sincérité causons !
A la lueur d’une bougie remettons tout en question !

Reste zen, Ne cours plus satisfaire les capricieux dans le stress,
Donne nous seulement ton sourire ta bonté et ta gentillesse.
Apportons ensemble un espoir irrévocable de paix
En harmonie avec tout souffle de vie, s’il te plaît !

Abandonnons les fabricants de rêves factices et si éphémères,
Et viens te présenter au service des enfants comme un père,
Détruisons tous produits les amenant à la démence,
Nom de Dieu, donnons leur accès à l’indépendance.

Stoppons la compétition qui transforme les plus forts en Crésus !
Coulons ces entreprises qui amoncellent chômeurs et bénéfices !
Sauvons l’Etat, délivrons la démocratie d’un infarctus
Que lui réserve les néo-libéraux sans morale et justice !

Faisons taire ces médias qui nous désinforment sans pudeur !
Brûlons les catalogues et les images qui nous rendent serviles !
Tapons sur la table et donnons congé aux mercantiles
Car nous avons besoin d’amour de nature et de saveur !

Profite de ton grand charisme pour être un exemple de sagesse !
Montre nous la tolérance, l’inutilité de la puissance et de la richesse,
Le respect des différences et le bonheur de partager,
L’ouverture d’esprit que peut apporter l’étranger !

Cette année, j’aimerais te rencontrer dans l’anonymat, fauché
Et qu’à terre nous priions et évoquions la manne des ancêtres
Afin de refléter demain notre humilité dans la psyché.

Aide-moi à devenir meilleur, emmène-moi paître !

© Bluette Staeger  12/04

La vieille

Dehors les feuilles légères tombent doucement
Le morbier murmure la douleur du temps
Devant sa fenêtre elle attend...

Elle attend... patiemment un sourire, un agrément,
Une fleur qui disperserait au loin la solitude
Qui est devenue une triste habitude.

Elle attend... un des siens depuis trop longtemps,
Un coup de pied dans ses mauvais souvenirs
et ses lèvres dessineraient un sourire.

Elle attend... quelqu’un de sympa pour se mouvoir.
Douce maman douce..., vite un mouchoir
Ses yeux s’épanchent sur le miroir.

Elle attend... du réconfort dans le fond de son tiroir.
La messe annonce encore un dimanche
Elle a mis, seule, sa robe blanche.

La bouillotte est tombée sans fracas sur le plancher.
Elle est déprimée, elle ne veut plus manger
Tous ses gestes sont un calvaire.

Ses articulations sont rouillées, usées et capricieuses,
Elle voudrait s’en aller, éteindre la veilleuse.
Elle attend... comme une prière.

Elle est si frêle, sous le poids de nonante trois années
Dont l’utilité lui échappe, nous n’avons pas idée.
Soumise elle attend....

© Bluette Staeger

De moi à vous…

De votre chance d’être né là, au bon endroit,
Au bon moment et dans la bonne couleur,
Il y a évidemment des opportunités de roi, 
Mais n’allez pas croire que vous êtes le meilleur.

De vos mesquineries très protocolaires
Comme des chevaliers armés jusqu’aux dents,
Puissiez-vous rapporter de vos bras de fer
À manger et boire, le droit de vivre à tous les enfants.

De votre poste de travail le mieux planqué
Obtenu par piston et ma foi fort bien payé,
Ou vos compétences sont hélas aléatoires,
Ne vous laissez pas bercer par des idées de pouvoirs.

De votre rôle de médecin ou de bien pensant,
Portez par une science infuse et branlebalante,
De votre rôle d’éducateur et de louable parent
Ne prétendez pas tous savoir avec autorité malveillante.

De cet argent sale gagné par certain méfait,
Dont tonne au loin des guerres affligeantes.
De vos religions sûrement fort intéressantes,
N’imposez rien avec violence au nom de la sainte paix.

Du haut de votre mépris envers la misère
Il y a une peur, celle des meurtris de cette terre,
Les démunis, affamés, si peu verni et sans abri.

La roue tourne et demain vous pourriez être un abruti…


© Bluette Staeger


A ...

Comme je comprends cette colère qui explose à travers ses mots pétardants,
Elle ressemble tant à cette rage impuissante qui m’a rongé jusqu’au sang,
L’injustice, l’inégalité, l’indifférence sévissant.

A côté de chez moi c’est encore le moyen âge !
Et les gens restent de glace à moitié vivants tant qu’ils n’ont pas fait naufrage.

Alors je sème des petites graines,
Des fleurs volatiles grignotant la haine.

Oser exprimer bien fort ses besoins et écouter en silence ceux des autres,
Éviterait de devoir cracher son mépris depuis le pont glissant d’un cotre,
Filant sur les flots déchaînés pointant son rostre.

On se freine avec trop d’amertume en mémoire,
Et l’on voyage les bagages lourds et amers, car les gens ne vident pas les tiroirs.

Alors je sème des petites graines,
De l’amour jaillissant sans fin des fontaines.

Renoncer à la violence s’est se faire à l’idée que tout ne vient pas de l’extérieur,
Et en appréciant chacun ses faiblesses, ses insuffisances et ses humeurs,
Il n’y aurait plus besoin de bras exterminateur.

Détruire ses armes, la paix n’est qu’à ce prix-là,
Plus besoin de défense et d’assurance vie. Mais… Sommes-nous prêt pour cela ?

Alors je sème des petites graines,
Des caresses délicates,  une ombre souveraine.


© Bluette Staeger




                                                          

 

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